dimanche 30 août 2020

Quatre à la suite

Grâce à un mois d'août très calme et ensoleillé, j'ai profité des quatre derniers week-ends pour sortir sur la banquise.
Au programme: deux sorties à pied d'une dizaine de kilomètres autour de la base en début de mois pour me dégourdir les jambes.

En rouge, 23km à pied. En bleu, 15km à ski.


Pour la semaine dernière, c'était vingt-trois kilomètres direction les icebergs au nord de la base et les îles Fram accompagné de Pascal et d'Alexis, pour un trajet inédit cette année. Il faisait légèrement frais (-23°c) mais sans aucun vent. Je marchais la veste ouverte, avec des gants fins mais au moindre arrêt photo ou ravitaillement, je me refroidissais très rapidement. Le froid et le peu d'arrêts n'incitent pas à beaucoup boire malgré la déshydratation due à l'effort. Je l'ai payé les jours suivants avec des courbatures et un début de tendinite.

Iceberg de 50-60m de haut
Panorama vers le nord, depuis Fram
Le tour des icebergs et des îles Fram, à l'horizon

Et cet après-midi, j'ai ressorti les skis pour une promenade de quinze kilomètres le long du glacier de l'Astrolabe, direction la base Prudhomme puis retour par l'île Gouverneur, en compagnie d'Antoine et d'Alain. C'était l'occasion de glisser sur les grosses congères créées par les différentes tempêtes de l'hiver et de voir de belle falaises de glace. Le retour fût laborieux, la banquise n'est pas du tout plate, c'est un mélange de plaque de glace, de creux et de bosse de neige. Si vous imaginez que c'est un boulevard de glace parfaitement plat, c'est tout à fait faux. Les tempêtes et les chutes de neige modifient constamment le paysage.

Le long du glacier de l'Astrolabe


Le WIFFA

Depuis 2006, le festival de cinéma le plus frais du monde est organisé en Antarctique, le Winter International Festival Film of Antarctica. Toutes les bases du continent et des îles subantarctiques sont invitées à participer à cet évènement, qui anime le mois d’août. Cette année, nos compatriotes et voisins les plus proches (1100km...), la base franco-italienne de Concordia, organisaient l'évènement.
Le principe est simple, nous pouvons réaliser deux films:
-un open, film libre sans contraintes si ce n'est de durer moins de 6-7 minutes et devant être filmé en Antarctique.
-un 48 heures, avec cinq éléments à placer dans un film de moins de cinq minutes, le tout à réaliser en deux jours! Nous devions utiliser le personnage de Bruce Lee, le bruit d'une claque humide ("wet slap"), un brancard, la phrase "you stay a little longer baby" et filmer une scène où nous mangions tous ensemble.
Le tout est soumis au vote des autres bases pour le classement final. Une grande soirée était organisée pour les résultats. Nous avons eu un peu de mal à suivre la cérémonie à cause de notre connexion internet asthmatique...Mais nous avons tout de même pu vivre en direct la remise de nos deux prix, pour la meilleure originalité et la meilleure utilisation des cinq éléments. Sans compter plusieurs nominations dans les autres catégories (meilleur open, meilleur montage...).


Vous pouvez regarder nos vidéos et celle des autres bases sur le site https://www.wiffa.aq/

Nous nous sommes bien amusé pendant ces tournages, avec une idée incroyable
et efficace: la création d'une marque de céréales Bruesli, le tout monté dans un épisode de McGyver. Je vous laisserai apprécier la suite de l'histoire.
Nous avons organisé des soirées projection au séjour pour découvrir les créations des autres bases. Certains films sont des pépites et d'autres sans intérêts ou incompréhensibles (surtout sans sous-titres). Nous avons pu découvrir les autres bases en vidéo, on a pu voir que certains ont une salle de cinéma, un jacuzzi, des tomates poussant à l'intérieur des bâtiments ou un paysage encore plus époustouflant que le notre. On peut voir aussi que le conteneur maritime reste le point commun à toutes les stations antarctiques.

Bon film!

mercredi 12 août 2020

Concours du meilleur blog

Je participe au concours du meilleur blog, organisé par l'AMAEPF (Amicale des missions australes et polaires Francaises).
Il y a un prix du jury et un prix du public. Le prix du public est décerné après un vote. C'est pour cela que j'ai besoin de vous pour être élu. Si vous appréciez mes photos et la lecture régulière de mes articles, n'hésitez pas, c'est ici que ça se passe: http://www.amaepf.fr/vote-public-du-meilleur-blog-2020


Record de froid

 Pour la première fois depuis que nous sommes ici, le thermomètre est passé sous les -30°C. Cet "évènement" s'est produit il y a quelques jours, samedi 8 août.




Ça a été l'occasion pour moi de remettre les pieds sur la banquise le temps d'une promenade  Je me suis accordé une matinée de congé pour profiter des conditions de vent plus favorables que le dimanche.
Franchissement d'une rivière entre deux plaques de banquise
Détail de la rivière
Avec Michel et Cédric, nous avons bravé le froid pour marcher une dizaine de kilomètres, faire le tour de la ZSPA (Zone Spécialement Protégée en Antarctique - lieu de reproduction des oiseaux), interdite d'accès sans autorisation et découvrir de nouvelles îles au nord-ouest, que je voyais de la base mais sur lesquelles nous n'étions pas encore allés. Ça reste des petits rochers d'une dizaine de mètre de hauteur, rien d'exceptionnel. Mais cela donne un but à atteindre, et un prétexte pour se promener, pour éviter d'avoir l'impression de marcher dans le vide, sur l'immensité blanche de la banquise.


Avec -29°C au petit matin, il fallait bien se couvrir. J'ai mis cinq couches en haut, trois en bas, des chaufferettes dans les chaussures et les gants. Mais comme d'habitude, j'ai eu plutôt froid au pied. C'est toujours la bataille entre les chaussures confortables pour marcher ou les chaussures les plus chaudes, lourdes et peu ajustées au pied.


Avec le léger vent, la température ressentie est vite descendue sous les -40°C, il fallait éviter de laisser un bout de peau exposé. Rien que la vapeur qui se dégage de notre corps suffit à geler l'intérieur des lunettes de ski, le cache-nez ou le bonnet. Mes cils et sourcils gelaient également, pour se rejoindre ensemble dans des petites boules de glace, j'étais obligé de les enlever régulièrement pour continuer à voir!
  

Et dans la nuit, peu après que François nous ai payé un verre de champagne pour notre nouveau record de froid (-29.4°C à ce moment), nous avons vu en direct le thermomètre descendre jusqu'à -31.1°C grâce à une inversion temporaire des vents. Pour la première fois de ma vie, j'aurai passé la barre des -30°C. Quand il n'y a pas de vent, c'est largement plus agréable que +40°C!

Coucher de soleil et neige soufflée de ce soir










lundi 3 août 2020

Quelques photos du jour

Ce soir au coucher du soleil, nous avons eu la chance de voir pour la première fois un nuage nacré, ou nuage stratosphérique polaire (PSC). Ils se forment à environ 20 000 mètres d'altitude, par -80°c, dans la stratosphère, donc bien plus haut que tous les nuages que nous voyons sous les latitudes tempérées d'Europe. Ils sont très jolis, multicolore comme une tâche d'essence dans le ciel, mais sont chargés de composés chimiques qui participent à la destruction de la couche d'ozone.

Le nuage nacré avec la neige qui vole au niveau du sol
Antoine étudie ces nuages avec son LIDAR (laser) et la couche d'ozone est ici scrutée grâce aux ballons qu'il envoie avec l'aide des météorologues de la base dès que les conditions atmosphériques s'y prêtent. (deux fois par mois environ)



Le lever de soleil était également sublime ce matin, vers 9h30, les jours rallongent maintenant rapidement. Cela annonce des grandes promenades en extérieur, j'ai des fourmis dans les jambes après deux mois à rester dans un rayon d'un kilomètre.

J'en ai profité pour bien avancer les travaux du BT/Météo. J'ai "enfin" fini de poser le plancher en Fermacell et les cloisons Simonin. Après 300 panneaux de sapin et 250 panneaux de sol et 4 000 vis, je commençais à trouver l'histoire un peu monotone! L'atelier météo est prêt pour le déménagement, la salle archive/réunion est opérationnelle. Il me reste les lames de sol vinyle à poser dans le bureau de la météo et le couloir, des baguettes dans quelques pièces, les portes de communication et quelques meubles à monter. J'ai normalement fini les transferts de matériaux entre la piste du Lion et la base. C'est également une bonne chose, les manchots se sont déplacés et j'ai dû faire un grand détour pour aller chercher la dernière livraison puis brasser deux mètres cubes de neige à la pelle pour accéder à certains conteneurs. Pas très agréable quand il y a du vent et -20°c.
 

La salle archive/réunion

Article écrit bien au chaud, avec la tempête Luc soufflant rageusement à l'extérieur, des rafales à 170km/h, -20°c (-40°c ressentis). Bon été à vous.

samedi 25 juillet 2020

Champions!

Comme je vous l'avais dit il y a quelques jours, les Jeux Australiques se sont déroulés le week-end dernier. C'était la quatrième édition de cette compétition sportive entre les bases antarctiques et subantarctiques françaises.

Lever de soleil ce matin

Samedi, pendant que l'on commençait les épreuves, "ma tempête" soufflait rageusement. Elle n'était pas très puissante mais a bien réduit la visibilité avec la neige poudreuse soufflée. Juste ce qu'il faut pour s'égarer entre la salle de sport et le Séjour. Avec 99 km/h de moyenne sur dix minutes et une rafale maximum à 149km/h, je me classe tout juste neuvième sur les onze tempêtes que nous avons connu jusqu'ici. La journée a tout de même été animée.

Toutes les épreuves sportives étaient en relais, ce qui a contribué à la réussite et à la bonne humeur de tout le monde sur le week-end. 
Au programme du samedi matin: 80 km de vélo d'appartement en un minimum de temps. Étant adepte de vélo, je me suis improvisé capitaine sur cette épreuve, et avec Julien, Cédric, Alain, Pascal, Malik et Michel, nous avons réussi l'exploit de parcourir la distance en 1h21, presque 60km/h de moyenne! Pour cela il fallait tenir une cadence de pédalage de 160 tours/minutes, deux fois plus vite qu'une balade à vélo classique et de changer régulièrement d'athlète, entre cinq et dix minutes par relais, suivant les capacités de chacun. J'ai "roulé" 21 minutes, musique à fond, motivé comme jamais. Notre équipe était tellement déchaînée qu'une pédale a fini par se démonter à la fin de l'épreuve.


Les cyclistes
L'après-midi, je suis allé encourager et chronométrer les "cross-fitteurs". Ils devaient enchaîner en équipe 250 sauts, 250 pompes, 250 abdos et 250 pompes combinées à un saut (burpees) le plus rapidement possible. N'étant pas du tout spécialiste là dedans, je pensais qu'il faudrait au moins une heure pour effectuer tous les mouvements, mais à mon grand étonnement, il a fallu moins de 28 minutes aux huit sportifs.

La soirée a été consacré à l'anniversaire de Cédric notre électricien, avec une raclette généreuse et un bon gâteau, parfait pour la récupération. J'ai également participé à l'épreuve de billard (rentrer toutes les boules en un minimum de coup) et de fléchettes (le maximum de points en 15 flèches). Tout le monde pouvait participer, les trois meilleurs résultats individuels étaient additionnés. Je me suis bien débrouillé aux fléchettes avec le troisième meilleur total, 343 points.

Le dimanche matin, nous nous sommes concentré sur le rameur. Avec Michel, Valentin et Cédric, nous devions parcourir 20 kilomètres en un minimum de temps. Nous changions toutes les cinq minutes, le temps idéal pour se donner à fond sans se cramer. En moins de 1H19, nous avions fini l'épreuve, tout à fait dans nos espérances et nos capacités.
Juste après, l'épreuve de gainage a mobilisé du monde mais j'ai passé mon tour. Comme pour les autres épreuves individuelles, les trois meilleurs temps étaient additionnés. Bravo au bâtiment Géophy "(*private joke pour eux* C'est quoi ce m*rdier, vous n'avez que ça à br*nler ici?)" pour leur deux premières places, mais qui ne font pas le poids face aux autres bases qui nous écrasent largement sur cette épreuve.

Les rameurs
Après un repos bien mérité, il nous restait les vingt kilomètres de course à pied sur une pente à 2%, sur tapis. Je me suis aligné sur la course avec Alexis, Régis, Alain et Antoine. Nous changions de relayeur tous les kilomètres, en réglant le tapis entre 16 et 17 km/h, au maximum de nos capacités après deux jours d'effort. N'aimant pas vraiment courir, les quatre minutes de relais étaient bien longues, la récupération difficile et les encouragements du public présent m'ont porté dans les derniers mètres. Résultat 1H13 pour 20 km.



Relais

Les coureurs
Et le clip de danse était fini depuis quelques jours, avec une participation de 23 personnes sur les chorégraphies, avec entre autres: un porté sur "Time of my Life", Will Smith par -20°c, Thriller dans la neige,  "la Carioca" encore mieux qu'en vrai, Beyonce en perruque, "Call on me" en slip... Tout cela sous la direction de Charlène qui n'a pas compté son temps sur un mois. Le résultat est incroyable et a fait l'unanimité chez nos adversaires.

Comme j'avais passé un bon week-end et que de plus ma tempête était enfin passée, mardi midi, j'ai sorti deux de mes bouteilles de champagne et deux pots de pâté maison. Nous en avons profité pour visionner les vidéos de danse de nos concurrents et pour choisir nos préférés. Les résultats ont été annoncés mardi soir par Régis au Séjour, juste après le repas. Et avec cinq victoires (vélo, course, billard, fléchettes et danse) sur les huit épreuves, c'est la première fois que le district de Dumont d'Urville triomphe. Des scènes de liesse ont été observées partout en Terre Adélie!!! Même L’Equipe en a fait sa une. La TA71 aura donc la lourde tâche d'organiser la prochaine édition.

Tout donné!

Et lundi je suis allé avec Susie et François voir les manchots. Comme Susie est ornithologues, nous avions l'autorisation d'approcher d'un peu plus près qu'à l'accoutumée la colonie. J'ai ainsi pu voir pour la première fois les pious-pious, surnom que l'on donne ici aux petits manchots empereurs. Ils sont nés il y a une semaine environ. C'était un très beau spectacle et je vous partage quelques photos que j'ai prise à ce moment.











jeudi 16 juillet 2020

En attendant "ma" tempête

La tempête Bastien a encore fait faux-bond la semaine dernière mais devrait enfin arriver cette fin de semaine. Il a pourtant soufflé fort, plus de 150km/h en rafales, mais ici nous définissons les tempêtes avec une moyenne de vent supérieure à 50 nœuds (93km/h) sur 10 minutes. Et à cause de conditions météo peu communes (une couche de vent fort plus épaisse que d'habitude), les rafales étaient fortes mais le vent moyen assez faible. Le sacro-saint modèle météorologique était faux. François m'avait prédit peut être l'une des tempêtes les plus puissantes de l'année et ce fut un pétard mouillé. Vous pouvez consulter le blog de François Gourand qui a publié une bonne explication du phénomène.
J'ai bien fait de ne pas annoncer trop tôt que je payais l'apéro pour fêter la tempête en mon honneur.
Pour vendredi et samedi, il est annoncé entre 90 et 110km/h de vent moyen et jusqu'à 170km/h en rafales. Ce devrait être suffisant pour embêter tout le monde.


Après toute cette neige tombée, le vent et les fortes marées  nous avons enfin eu un jour de presque répit (hier) avec du soleil (enfin!!!) pour remonter les matériaux stockés sur la piste du Lion dans le but de continuer les travaux du BT. Je dis presque répit puisque la matinée était sans vent puis le "mur de neige" (neige soufflée par le vent catabatique, venant du continent) nous a recouvert, réduisant la visibilité et rendant moins agréable mais plus spectaculaire le travail extérieur (50km/h de vent et -15°c).
Le mur de neige qui nous recouvre
 J'ai pu attaquer la troisième partie des travaux, c'est à dire la fin de la pose du sol et des cloisons dans les bureaux de Météo France. Il ne faut pas traîner car les travaux doivent être finis dans l'idéal dans le mois de septembre avant les transferts de fioul, de la piste du Lion à la base Prud'homme.

Le mois de juillet, peu propice aux balades extérieures (qui me manquent forcément), est par contre animé par diverses animations inter-bases.
Nous participerons ce week-end aux "jeux australiques", compétitions sportive entre les bases françaises de l'antarctique (nous) et des îles sub-antarctiques (Kerguelen, Crozet, Amsterdam). Au programme: salle de sport avec des relais de rameur, de vélo, de tapis de course, de cross-fit; de l'adresse avec du billard et des fléchettes et une vidéo de danse à présenter. Je vais tout donner pour les sports d'endurance (mon point fort) et tenter ma chance aux fléchettes.
Pour la danse, Charlène nous a concocté un spectacle assez rigolo, qui a mobilisé presque tout le monde depuis un mois. A force de répétitions, nous avons un résultat remarquable: un mélange de Dirty Dancing, Thriller ou encore Men In Black.
Même si nous finissons dernier de ce tournoi, cela nous aura permis de rigoler et de s'entretenir physiquement avec un objectif sportif. C'est la véritable et seule récompense!

Je crois que Concordia ne participera pas à la compétition, puisqu'ils organisent cette année le Festival du Film Antarctique, compétition internationale entre toutes les bases du continent et des îles subantarctiques.
Je passe mon tour pour cette compétition, étant novice en réalisation de films. Mais certains de mes camarades hivernants sont déjà sur le coup. Résultat dans moins de trois semaines.
Je me suis plutôt impliqué ces derniers temps dans la création du logo de notre mission, dans le but de l'intégrer dans nos vêtements de mission, une tradition ici. J'espère pouvoir vous le présenter dans quelques jours, pas simple de trouver une idée commune à 24 personnes et de la mettre joliment en forme.