mardi 7 juillet 2020

De la neige, du vent, de la neige et de la chaleur

Le début de l'hiver était, je trouve, assez pauvre en neige. En une semaine, il est tombé plusieurs dizaines de centimètres et l'environnement sur la base a bien changé. Il faut maintenant descendre les véhicules dans le garage au lieu de les faire grimper par la rampe abrupte, les passerelles à la sortie du dortoir ont disparu. Les congères sont vraiment passées à un autre niveau et il est devenu vain de vouloir déneiger certaines passerelles ou accès. On choisit plutôt l'option "on va marcher dessus au lieu de déneiger". Même si c'est assez pénible de marcher, parfois la neige tassée me porte et parfois je me retrouve d'un coup enfoncé jusqu'aux genoux. De plus, le manque de soleil produit un effet "jour blanc", on ne voit pas les reliefs et il m'arrive de mettre la frontale en plein jour pour distinguer les creux et les bosses.
Le moindre relief créé une congère en peu de temps et tous les trous sont vite bouchés donc inutile de se casser le dos à creuser des tranchées. On privilégie l’aplanissement de la neige. C'est pour cela que samedi matin 8 heures, nous avons pris les pelles pour disperser la neige à côté de l'entrée principale du séjour et limiter l'enneigement devant la porte. Pendant plus d'une heure et demi, on a étalé plusieurs mètres cube de neige. On n'a pas eu froid!

Les températures sont bien remontées ces derniers jours -4°c, contrastant nettement avec la mi-juin et les -25°c... On pourrait penser que la vie est plus simple avec des températures plus douces mais je trouve que cela nous cause plus de problèmes. Une sorte de neige/pluie verglaçante est tombée, englaçant entre autres les passerelles entre les bâtiments et les transformant en patinoires et déposant une croûte de glace sur la neige fraîche, juste ce qu'il faut pour m’embêter pour skier. J'en ai quand même profité pour aller voir les manchots et profiter du lever de soleil avec une colonne lumineuse (Wikipédia vous expliquera ce que c'est).


L'approvisionnement du chantier du BT/Météo est également dépendant de la météo. Je dois aller chercher des matériaux pour finir le sol et les cloisons et transporter des déchets mais tout est stocké sur la piste du Lion dans des conteneurs. Il faut donc trouver le bon créneau pour traverser la banquise avec les véhicules, sans trop de neige ni trop de vent. La dernière fois, des panneaux de bois se sont envolés de la benne du Morooka suite à des rafales de vent catabatique... Je voulais y aller lundi mais le bulletin météo annonçait du vent à 70km/h. J'ai donc tenté dimanche après-midi, pour ne pas me retrouver à l’arrêt.

J'ai demandé à Loïc de venir m'aider. La première difficulté était déjà de rejoindre la route, le Morooka pataugeait dans la poudreuse fraîche. Une fois sur la banquise, nous devions longer l'île des Pétrels, pour se tenir le plus loin possible de la colonie de manchots et traverser le chenal du Lion, pour monter sur le quai où l'Astrolabe s'amarre et monter sur la piste du Lion. Tout s'est bien passé jusqu'à ce que j'essaie d'accéder au quai. Avec la pleine lune et les grosses marées, de l'eau de mer est remontée au dessus de la banquise par les fissures le long des îles. La neige a été imbibée d'eau et je me suis planté dedans et l'avant du véhicule s'est enfoncé de trente centimètres... J'ai tenté la marche arrière, sans succès, les chenilles ne faisaient que creuser. Heureusement, l'arrière était toujours sur la glace dure. Il y avait peu de chance que l'on finisse à l'eau puisqu'il y avait sûrement encore un mètre de glace sous les chenilles mais je dois avouer que je me suis bien fait peur. On a été obligé d'appeler de l'aide à la radio, pour que Corentin, Alain et Régis viennent avec des pelles. Nous avons creusé sous les chenilles pour remettre tout à plat et nous sommes montés dans la benne pour ajouter du poids sur l'arrière, retrouver de l'adhérence et sortir du bourbier. J'ai laissé Corentin rentrer le Morooka, sans mes matériaux tandis que je remontais à pied sur la base pour me remettre des émotions.

Corentin pas content (juste pour la pĥoto!)
Moralité: ne pas travailler le dimanche... Mais c'est surtout le combo redoux/neige/grandes marées qui m'a piégé.

Le chantier attendra encore quelques jours puisque la tempête Bastien risque d'arriver les prochains jours. En attendant, je m'occupe avec diverses réparations et petites commandes qui traînaient un peu.


Les manchots couvent et les premières éclosions ont eu lieu mais les petits se cachent.

dimanche 28 juin 2020

C'etait la Midwinter

Une semaine de plus. Celle là restera dans ma mémoire comme une semaine de fête et de détente au milieu d'une année pas comme les autres.
Les repas copieux, le relatif beau temps (pour un hiver antarctique), la matinée foot/rugby sur banquise au soleil (avec le terrain tracé au rouge qui tâche), le feu de joie de presque la St-Jean, les soirées dansantes, les après-midi jeux et plein d'autres réjouissances. Avec tout cela nous aurons bien fêté la moitié de notre hivernage (et le début de la fin...)

J'ai proposé plusieurs activités pendant la semaine:
Une sardine, c'est le contraire du cache-cache: une personne se cache sur la base et tout le monde la cherche et reste cachée avec en moins de vingt minutes. A la fin, tout le monde se retrouve serré comme une sardine. Même si nous n'étions qu'une dizaine, c'est un jeu plaisant dans un milieu fermé.
Et un petit feu de joie pour clôturer les festivités, au milieu de la base en profitant de la chaleur des flammes. C'était sensation étrange de profiter de la chaleur en extérieur, mais avec -15°c et du vent dans le dos tandis que le ventre rôtissait à quelques mètres du feu. De quoi finir congelé-brûlé! Pour l'occasion, j'avais fabriqué un manchot empereur en bois, avec les restes d'un vieux meuble. Ne voyez pas ici un acte anti-quelque chose, mais juste une sorte de bonhomme de carnaval (et l'envie de bricoler un sculpture un soir de semaine avant la Mid).


Nous avons également organisé le concours de Miss Terre Adélie et vous avez l'honneur de lire le blog de la Première Dauphine! Mes collants en film cellophane, mes talons faits maison, mes boucles d'oreille en baguette de soudure et mes seins en balle de tennis ont sûrement fait la différence pour finir deuxième sur sept. Pour ma bonne réputation, je garderai les photos pour moi! Dans tous les cas, je crois que tout le monde s'est bien marré.


Voici le peu de soleil que l'on voit ces jours

Et nous avons profité du soleil pour prendre notre photo de Midwinter, au soleil, d'où les tenues légères. Avec -18°c et pas de vent, c'est la tenue réglementaire! Non je rigole, il faisait bien froid. On a pris la photo et remis la veste très vite.
Notre carte de voeux a été envoyée à toutes les bases antarctiques, comme le veut la tradition. Espérons qu'ils aient autant rigolé que nous.


Et vous trouverez ici le lien vers la station météo nouvellement installée par Francois Gourand, notre chef météorologiste. Vous pourrez suivre la tempête Bastien qui arrive normalement mardi!

vendredi 19 juin 2020

C'est les vacances!

Après plus de 6 mois de travail, nous commençons notre première (et seule) semaine de "presque-vacances" de l'année. Je crois que nous l'avons tous bien mérité, même s'il nous restera toujours la centrale électrique à surveiller, les service-base et les observations scientifiques au long cours à s'occuper.

Nous allons célébrer la Midwinter, fête commune sur toutes les stations de l'Antarctique et des îles subantarctique. Le but est de marquer le milieu de l'hiver austral, moment toujours un peu fatigant où le manque de soleil, la routine et l'éloignement nous touche tous, et de s'amuser pendant une semaine.
Personnellement, je suis bien content de faire une pause, pour recharger un peu les batteries. Je suis plus fatigué qu'il y a quelques semaines, le réveil le matin est assez dur. Je savais que le manque d'ensoleillement allait avoir un effet sur mon organisme, déjà en France je ressentais une baisse de régime dans l'hiver. Je me dis que cela ne durera pas avec une durée de jour qui va remonter aussi vite qu'elle a baissé.

Au programme de cette semaine, nous aurons des jeux, des soirées et des repas à thèmes bien gourmands, un feu de joie et bien d'autres choses que seuls les hivernants de la TA 70 sauront!
C'est également l'occasion de s'échanger des cartes de vœux entre bases.
Et demain, il y aura l'élection du Onze'TA, pour succéder à notre Dista (chef de district) pour une semaine et administrer les festivités. Depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois pour certains partis, la campagne électorale a débuté. Les stratagèmes sont les même qu'en France: débat organisé, propagande, démagogie, corruption, piratage et mauvaise foi! A nous de voter demain après-midi.

Et pour terminer, je vais avoir droit à une tempête en mon nom! Après Antoine qui nous a soufflé dessus depuis deux jours, mon prénom a été tiré au sort pour lui succéder. Quand sera le prochain coup de vent au dessus de 50 nœuds? Quelle force, quelle durée, quelle vitesse maxi? Réponse dans peu de temps.

mercredi 10 juin 2020

On fait les poubelles

Avec le début du mois de juin franchement ensoleillé, nous avons eu l'occasion de transférer tous les déchets que nous stockions dans nos ateliers, chantiers et hangars pour les emmener dans les conteneurs de la piste du lion.
Le tri des déchets est ici plus poussé qu'en France. Nous devons distinguer toutes les matières qui seront compactées/broyées pour être expédiées en France ou en Australie. Chacun est responsable du tri et doit nettoyer les canettes, pots de yaourt, bouteilles qu'il jette dans les bacs pour ne pas que les conteneurs sentent trop puisque les déchets seront traités dans plusieurs années.
Nous avons:
-du plastique, qui est compacté dans des cartons par Alain puis expédié en France
-du composite (assemblage de plusieurs matières indissociables), qui est stocké dans des fûts usagés du kérosène d'hélicoptère et qui fini également en France
-le papier-carton-bois, qui est brûlé un jour sur deux dans l'incinérateur,
-l'aluminium, le verre, le PET et l'acier alimentaire sont broyés/compactés pour être expédié en Australie. Ces déchets ont de la valeur.
-les huiles de cuisine et les hydrocarbures seront retraités en France,
-l'acier industriel finira au ferrailleur en France,
-les déchets alimentaires sont broyés et envoyés par les conduites d'évacuation dans la mer
-et d'autres choses sont triés plus spécifiquement (médical, chimique...)

Le conteneur acier
En étant 24 sur la base, cela fait une jolie quantité de déchets, venant principalement, comme en France, de la cuisine et des chantiers/ateliers. Les lieux de stockage débordent vite, c'est pour cela que nous organisons un transfert de tout cela tous les deux-trois mois.
Nous avons profité des allers/retours pour évacuer les vieux panneaux de cloisons du BT et pour ramener les dalles de sol pour continuer les travaux.
Heureusement que nous avons l'aide de tout le monde et les véhicules à chenille pour le transport même si le trajet était assez long: des antennes sont plantées dans le sol pour compter les manchots empereurs. Pour les contourner, nous sommes obligés de faire un détour. Au total, il faut une heure pour un aller/retour et décharger. Avec de la lumière du jour entre 10h30 et 14h30, il a fallu optimiser les horaires et les chargements.
Optimisation
Corentin conduisait le Morooka, le plus gros véhicule, lent et avec le poste de conduite à l'extérieur. Je conduisais le Kubota, plus petit, sans chauffage mais avec au moins une cabine autour de moi. Avec -24°c, j'ai mis les bottes fourrées, les moufles et des chaufferettes à l'intérieur. Il fallait bien tout cela.
Avant de décharger les véhicules, il a fallu ouvrir un conteneur enneigé pour récupérer des fûts de kérosène pour le composite. Bien sûr, ils étaient stockés où la congère était la plus haute. Deux mètres cubes de neige à déblayer à la pelle. Le temps que l'on arrive, Alain (60 ans passés...)avait quasiment tout enlevé. J'ai pris le relais sur la fin et je n'avais plus froid! J'espère avoir encore une telle forme à son âge.
Sous deux mètres de neige
Ensuite pendant deux jours, nous avons enchaîné les tours pour vider les poubelles de tout le monde. Quand je retournais à l'atelier en fin de journée, j'avais du mal à me remettre au travail, le grand froid, ça calme.
Voilà notre vie de gérant de déchetterie antarctique!

Dans un autre registre, fait assez rare, dimanche dernier un gros morceau d'iceberg/glacier s'est effondré ou retourné à quelques kilomètres de la base. Je me baladais avec Luc et Pascal sur la banquise, pas très loin du lieu de l'évènement, pour profiter du beau temps. Je me suis approché d'un berg pour prendre une photo, quand j'ai senti bouger sous mes pieds. Je me suis reculé rapidement de la zone un peu fragile. Juste après nous avons entendu comme un bruit de vent alors qu'il n'y en avait pas et des petites plaques de glace contre le berg montaient et descendaient de 5 centimètres pendant quelques minutes. Puis tout s'est calmé. Nous avons continué la balade tranquillement sans rien remarquer d'inhabituel sinon de la glace fraîche sur les rochers sur les îles Currie, comme si l'eau de mer avait débordé et était montée plus haut que la banquise. On s'est dit que c’était sûrement les fortes marées de la pleine Lune.
Avant après. (L'arrière plan a changé progressivement en deux mois)
Une fois rentré à la base, tout le monde nous a demandé si nous n'avions pas eu trop peur, cette était plutôt incompréhensible au début... Ce n'est qu'à ce moment que l'on a su que le glacier avait bien bougé. De la base, mes co-hivernants ont pu voir un nuage de vapeur d'eau et entendre un fort bruit de vague sous la banquise pendant que nous ne ressentions quasiment rien en étant bien plus proche qu'eux. J'ai retrouvé une photo du mois d'avril pour comparer et on voit bien qu'il y a quelques tonnes qui ont bougé.

Et pour finir,  nous avons battu notre record de froid cet après-midi avec -29.2°c!




Coucher de soleil






samedi 30 mai 2020

Les travaux avancent, l'hiver également

La première tranche de travaux du BT est enfin terminée! Et une bonne nouvelle en annonce une autre, nous avons réussi à déménager nos amis de la météo, le bureau d'Alain, notre chef technique, ainsi que les archives et divers stockages dans les deux pièces toutes neuves. Tout cela tient dans 50 m² et c'est un grand avantage pour la suite des travaux puisque le reste du bâtiment est vide. On va éviter une troisième tranche de travaux, comme je l'avais annoncé il y a quelques semaines, et gagner un temps précieux pour travailler plus sereinement jusqu'à la fin de l'hiver.

Avant/Après déménagement de l'atelier météo
Ces derniers temps je me suis donc attelé à terminer les deux premiers bureaux. J'ai posé le sol vinyle, avec l'aide de Charlène. J'ai bien galéré au début, les languettes d'emboîtement cassaient très facilement, ce qui m'a fait lâcher quelques jurons... Cela a étonné mes cohivernants, moi qui suis de nature calme, et les a fait parler au repas de midi!
Meuble de rangement des classeurs, avec 3 portes basses à venir
Bureau météo après déménagement
J'ai enchaîné ensuite avec toutes les plinthes, baguettes et autres caches misères et la pose d'une porte provisoire pour isoler les bureaux du bruit et de la poussière provenant de la suite des travaux.
Je continue à fabriquer des meubles de rangement, ici un placard de rangement des classeurs/archives, tout en économisant au maximum le vernis et le bois. Les stocks diminuent et le ravitaillement n'est pas prêt d'arriver. Je suis maintenant entrain de réaliser un bureau et un meuble pour les imprimantes/serveurs du bureau technique.
Je dois attendre que Alain et Michel, son acolyte météorologue bricoleur, finissent de démonter les cloisons, poncent les murs et plafond et peignent avant de recommencer le même programme qu'en avril, c'est à dire plancher fermacell puis cloisons en bois. Je ne m'ennuierai pas pendant ce temps, j'ai d'autres meubles à remplacer au séjour, le plafond de l'hôpital à isoler phoniquement, une cloison de la cuisine à habiller. Beau programme, je peux m'occuper encore longtemps.
C'est reparti pour la démolition/ponçage/peinture
Les tempêtes s'enchaînent ces jours presque aussi vite que les anniversaires en cette fin mai puisque Michel (126 kmh de moyenne sur 10 min/rafale 182kmh) et Valérian (122kmh/169kmh) ont été nos deux plus gros coups de vent depuis que nous sommes ici tandis que nous avons fêté Francois, Susie et Michel dernièrement. Le vent accompagné de fortes chutes de neige renforcent les immenses congères que nous nous efforçons de ratiboiser pour certaines (devant une entrée du séjour ou devant le dortoir) ou laisser vivre pour d'autres. La neige provoque un blizzard réduisant la visibilité à quelques mètres, il faut bien réfléchir aux trajets entre les bâtiments, pour ne pas se retrouver sans repères.
Les véhicules couchant dehors sont soumis à rude épreuve dans ces moments là, le morooka (transporteur chenillé) était entouré de 80 cm de neige et le tracteur chasse neige avait le moteur rempli de neige. J'ai aidé Corentin, mon voisin mécano à dégager un peu tout ça tandis qu'il m'aide occasionnellement à transporter des panneaux de bois ou à monter des meubles.
Les congères qu'on laisse monter
Et les engins enneigés, avec de gros tas de neige pour accéder à mon atelier

Je suis allé faire le tour de notre île à ski jeudi après le déjeuner, pour profiter du peu de soleil que nous avons. Il y avait dix centimètres de neige sur la banquise. J'ai refait le même circuit hier après midi, 4 kilomètres, et la tempête Valérian avait tout raboté, il ne restait quasiment que la glace vive! Mais il y avait un semblant de soleil qui se couchait, à 14h20...

 Et dernière bonne nouvelle, mes entraînements salle de sport/films paient, j'ai perdu deux kilos en un mois!

mardi 26 mai 2020

Quelques courtes vidéos

Bientôt six mois jour pour jour que je suis parti de France pour venir ici, cela me semble une éternité et très proche à la fois. Hier, j'ai compilé quelques courtes vidéos que je voudrais vous montrer, elles résument quelques moments plus ou moins importants ou impressionnants qui m'ont marqué en une demi année en Antarctique.

Les deux premières résument la traversée en bateau mouvementée et pas vraiment agréable au début puis magnifique et calme 24 heures avant l'arrivée, dès l'entrée dans le pack avec le soleil, la mer d'huile, la glace et les animaux.

                                             
Et voici deux exemples de nos deux plus fortes tempêtes, Michel en haut (mi-mai) et Aurore (fin janvier) en bas. Jusqu’à 185 km/h en rafales et 125km/h en moyenne sur 10 minutes. De quoi faire trembler les bâtiments et créer des énormes congères. Les fortes chutes de neige combinées avec la neige soufflée du sol réduisent très fortement la visibilité. Je me suis presque égaré entre la salle de sport et la passerelle du séjour. J'avais 10 mètres à parcourir et il est très facile de se désorienter, tout devient blanc.

 Et voici deux vidéos des espèces emblématiques d'ici, les manchots Adélie et les manchots empereurs. Les adélies nichent vraiment partout jusque sous les bâtiments, très bruyants comme vous pouvez l'entendre mais aussi très odorants... Ici c'est une petite partie de la colonie. Il y en avait des dizaines de milliers dans l'archipel, jusqu'à leur départ en mars au moment de l'arrivée des premiers empereurs.
Les empereurs sont moins nombreux mais n'hésitent pas à se battre pour se reproduire comme l'on peut voir. Ils sont actuellement en pleine ponte, affrontant les tempêtes ou -25°c, ils sont costauds.

Excusez la mise en page et la qualité des vidéos, ce n'est pas commode avec 256kbps d'internet à se partager.

jeudi 14 mai 2020

Nos lieux de vie

Ayant peu de grandes nouvelles à vous annoncer, je vais en profiter pour vous présenter nos lieux de vie. En dehors de nos ateliers/bureaux/chantiers, nous passons souvent notre temps soit au "Séjour" lieu de repas et salle commune, soit au "42", le dortoir hiver.

Le séjour vu de l'extérieur

Le Séjour est donc lieu de nos repas, apéros, soirée diverses et variées (dansantes, au bar, cinéma, jeux de société). Il y a un billard, un babyfoot, un jeu de fléchettes pour se défier entre hivernants, une salle calme avec une collection conséquente de bandes dessinées.
Salle de jeux
La salle de lecture
Nous avons un vidéo projecteur pour regarder un film (traditionnellement le mercredi soir) bien assis sur les canapés. Tout le monde a proposé un ou plusieurs films. La sélection est assez hétéroclite, nous avons pu voir "Un indien dans la ville", "La Momie", "Fight Club" ou "Le dîner de cons"...


Notre bar est peut être l'un des derniers ouvert en France, avec ceux de nos collègues des îles subantarctiques. Coucou Kerguelen, Crozet et Amsterdam!

Le bar
Il y a deux sas d'accès au bâtiment, mais pendant les tempêtes, nous condamnons l'entrée principale car la porte n'est plus trop étanche. De plus, elle est située au nord-ouest, du côté opposé au vent qui vient en grande majorité du sud-est. Il y a une congère qui se forme juste devant la porte et nous ne voulons pas faire entrer de neige dans le séjour, ni abîmer la porte en remplissant les joints de glace. Si on peut éviter de me donner du travail supplémentaire, c'est pas mal!
Au séjour, nous trouvons aussi les deux machines à laver et les deux sèche-linges. Le sèche linge est plutôt indispensable ici, il n'est pas vraiment possible de laisser sécher le linge dans le jardin, au soleil. Je fais parfois sécher mes vêtements fragiles au chaud, à côté des groupes électrogènes mais ce n'est pas pratique.
Le sas avec la collection de charentaises
La laverie

La cuisine et la plonge sont intégrées au Séjour mais restent tout de même un lieu de travail.
La disposition des tables de repas change au gré des gens en service base, chacun ayant sa petite idée ou l'envie de changer un peu la routine.

Le 42 à droite, le labo Géophy à gauche
Le 42, notre dortoir, est il me semble, le seul bâtiment de la base à avoir deux étages. Au rez de chaussée, sur la gauche en entrant, il y a l’hôpital et la chambre de Sarah, notre médecin. Sur la droite, il y a le bureau de Régis, chef de district, des sanitaires et dix chambres.
A l'étage, on trouve vingt-deux chambres et des sanitaires.
Vue sur neige
Je suis dans la 27, à l'étage avec vue sur mer (des fois). Le triple vitrage est abîmé et de la condensation s'est formée entre des verres, donc je ne vois pas grand chose... Il est difficile de la changer, il faudrait opérer par l'extérieur et monter un échafaudage entre la glace et la falaise assez proche. Il arrive aussi que de la neige se colle sur la vitre et me bouche la vue.


Ma chambre presque rangée (oui maman...)
  Ma chambre mesure environ 8 m², avec deux lits superposés (replié pour le moment), je suis seul dedans. En campagne d'été "normale", il est courant de partager sa chambre. Mais je crois que je ne connaîtrai pas de campagne normale entre la panne de l'Astrolabe et le Covid.
Certaines chambres sont plus grandes que d'autres et deux ont les sanitaires privatifs.
Les meubles sont en bon état, l'intérieur a été refait récemment. Il y a deux armoires de rangement, un bureau, l'accès au réseau intranet.
Le bâtiment est assez bruyant à cause du système de construction, c'est solide mais la structure en acier et panneau sandwich fibre de verre ne contribuent pas du tout à l'isolation phonique. On entendait bien les manchots Adélie ou l'hélicoptère cet été par exemple. Je suis bien content avec la mienne, je suis loin de l'entrée et des salles de bain, presque en bout de couloir, et du côté opposé au vent, l'environnement est calme en hiver.

Les tempêtes et forts coup de vent (au delà de 120km/h je dirai) font trembler le 42 (et toutes les autres constructions). J'aime bien, ça me berce dans mes nuits et étrangement, je crois que c’est à ce moment que je dors le mieux. Je me dis qu'il y a d'autres tempêtes qui sont passées par là et qu'il n'y a pas eu de dégâts.



A 7h, pour aller au petit dèj, entre le séjour et le 42
La congère devant le 42
Les matins de tempêtes ou de neige soufflée, il faut du courage pour aller au petit déjeuner à 7 heures. Il faut enfiler les bottes, la veste, les gants, le bonnet, le cache nez et le masque transparent pour ne laisser aucun bout de peau apparent. Les 40 mètres jusqu'à l'entrée du séjour peuvent être sportifs quand il faut grimper la congère à la sortie du dortoir. On arrive réveillé au petit-déjeuner! Il y a de grands projecteurs sur le séjour que l'on allume les jours de blizzard pour réussir à voir un peu loin.

Avec plus d'une semaine sans voir le soleil, des journées courtes, du vent fort et  de la neige, l'hiver est là. Pour l'instant, le moral est bon, je me dope aux endorphines en faisant pas mal de vélo d'appartement tout en regardant des films. Plusieurs avantages: j'essaie de faire fondre les kilos en trop (trop de desserts...), je pense que dors mieux en étant plus fatigué et je mets à niveau ma culture cinématographique plutôt déficiente.